12 sept. 2013

L'absence

Mais que pourrais-je en dire, cette large béance
Me bâillonne et maintient son écrasant empire
Avorte tous mes mots jusqu’au moindre soupir

Et pour suffoquer moins du néant de l’absence
Je fracasse, éperdue mes phalanges blanchies
Contre les parois lisses de ma boîte à folie

Et pour manger encore de ce pain puisqu’il faut
Se résoudre à payer le moindre instant de grâce
Se résoudre à ployer sans qu’aucun coup de grâce
Ne vienne nous l’ôter du tranchant de sa faux

Et pour manger encore de ce pain je rougis
Mes poings et je décore mon corps avec mes dents
De grandes arabesques, de sourires sanglants
Jusqu'à en oublier qui j’étais, qui je suis

Je presse des canons sur mes tempes et j’appuie
Sur des gâchettes enfin, et sans fin je tabasse
Le silence, et jamais, jamais il ne trépasse

Et ma boîte à folie résonne sans répit
De cris brisés au seuil de la raison, la garce
Qui veut que l’on survive, et que l’absence passe

25 juil. 2013

Insomnies

Je ne dors plus
J’avais des rêves, avant, qui me tenaient la main
L’écran de mes paupières devenait un théâtre
Où je jouais aux dés mille fois mon destin
Quand l’insomnie sur moi, décidait de s’abattre

J’étais un chevalier. Fière, je tenais ma hampe
Et je levais bien haut ma bannière flottante
Pour partir au combat, sous les feux de la rampe.
Et je ne cédais rien à l’angoisse montante

J’étais un écrivain au fond de sa forêt
Les lambris de la chambre étaient autant de troncs
Je faisais une source d’un vieux robinet
L’invisible plafond devenait frondaisons

Sous ma plume féconde se dessinait encore
Mille portes ouvertes pour combattre la nuit
Mille vies de fumées, oubliées à l’aurore
Et poursuivies à chaque nouvelle insomnie.

Je ne dors plus
Mais aujourd’hui l’angoisse à gagné le combat
Je gis, hampe brisée et fierté ravalée
Les yeux ouverts je gis, les yeux rougis, je vois
Des plumes égarées et des portes fermées

L’angoisse s’est assise sur mon ventre et me somme
Toutes les nuits de faire des choix, de faire des choix
Non tu n’as plus quinze ans- dit-elle, et tu es comme

Ces fous qui rêvent trop, et qui ne vivent pas

8 juil. 2012

Rêverie d'été


     
     Versatile, sous la treille,
     De mes sentiments mêlés,
     Ton ombre entre les percées
     S'invite dans mon sommeil

     Ton ombre, comme un soleil
     Piquant d'or la mer étale,
     Écorche, et ride mon sang.

     L'eau dormante dans mes veines
     Par la caresse embrasée,
     Palpite, changeante et gaie.

     Si parfois vient la douleur,
     L'ombre, n'est-ce pas qu'un leurre ?
     Le soleil blanc dans l'eau, meurt.
     Nul ne s'y brûle.

     Ton ombre, comme un soleil,
     Traverse l'eau en dansant.
     Ainsi tremblent les mirages.

     Sait-on vraiment si l'on rêve ?
     Qu'importe, disent les sages.

     J'aime l'inconstance étrange
     Des pulsations sous ma peau.
     Vois-tu, le monde est plus beau
     Quand ton ombre le dérange.


17 mai 2012

samedi (2)
















 Samedi matin
          Tu dormais encore
Ta main sur mon sein
          Sur mon cœur, ton corps
Samedi les draps
          Tachés de soleil
Sur mon sein tes doigts
          Et dans ton sommeil
Rêvais-tu de moi ?

22 avr. 2012


J’suis mordue, éperdue,
J’suis perdue.

Tes yeux verts, tes colères,
Tout me perd.

Et dans le lit de ton torrent
Je roule-boule aveuglément.
Dans les eaux vives de tes doutes
Me noierai-je quoi qu’il m’en coûte ?

T’es têtu, nerfs à nu
T’es tendu.

Mes guiboles, mes paroles
Tout t’affole.

Et dans le lit de ma rivière
Tu voudrais nager à l’envers
Les vagues de ma liberté
Pourquoi crains-tu de t’y noyer ?

On est mus par des crues
Incongrues.

Nos silences, nos violences
Drôle de danse.

Et dans le lit incohérent
De notre amour à deux courants
On se heurte, arythmiques et gourds,
Pauvres danseurs aveugles et sourds.